L'improvisateur Paulo Rodrigues : "J'ai longtemps cru que j'étais un joueur de soutien."

L'improvisateur Paulo Rodrigues : "J'ai longtemps cru que j'étais un joueur de soutien."

Au Théâtre Sainte Catherine à Montréal, il est connu comme le loup blanc. Pourtant, se sentir légitime et pertinent en tant que joueur n'a pas toujours été évident pour Paulo. Découvrez le parcours de cet improvisateur qui construit les histoires, de sa première expérience à sa réussite actuelle.

Fiche d'identité du joueur

Nom : Paulo Rodrigues
Années de pratique de l’impro : de 11 ans jusqu’à 19 ans, puis une pause de 6 ans, reprise en 2016
Sa ville : Montréal.
Où joue-t-il ? Les lundis d'impro du Théâtre Sainte-Catherine et dans Impro 2.0
Où enseigne-t-il l’impro ?
Occasionnellement aux cours gratuits des Lundis d’impro du Théâtre Sainte-Catherine.
Spectacles qu’il a créé : Impro 2.0, avec d’autres improvisateurs et improvisatrices.
Parcours pro : Jusqu’à 2022 professeur de Français et d’autres matières, il a quitté en 2022 pour une carrière autour des arts de la scène.
Style de jeu : fort en interventions,

Une découverte de l'impro très jeune

A quoi ressemblait ton premier contact à l’improvisation ?

Paulo Rodrigues : J'ai commencé l'improvisation à l'école primaire en 5e ou 6e année, ce qui serait l'équivalent de onze ou douze ans. À mes débuts, ce que l'impro représentait pour moi, c'était des caucus plus longs que la scène jouée, dans lesquels on déterminait exactement tout ce qui allait se passer. Par exemple : “Tu viens de rentrer tard d'un party (note : une fête), tu as bu de l'alcool. Moi je suis ton papa, je t'attendais, et je te chicane (note : gronder). Tu vas essayer de t'enfuir. Mais là ta mère arrive aussi, et les deux parents, on t’attache au sofa et on te punit, on t'enlève tout ton argent de poche. Ok? Go!”. Puis on jouait la scène super vite, parce qu'on avait déjà tout déterminé. Donc au fond, ma première expérience d'impro, c'était pas vraiment de l'impro. Mais c'était un début : on apprenait le stress de gérer un temps de caucus, de gérer un temps de scène, d’avoir les retours de l'arbitre.

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"Ce que représentait l'impro pour moi, c'était des caucus plus longs que la scène jouée."

Une période difficile à l'adolescence

Comment ta vision de l'impro a évolué ensuite ?

Paulo Rodrigues : Arrivé au secondaire, j’ai fait de l’impro de 13 à 17 ans à peu près. J'étais très apprécié de ma prof d'Arts dramatiques, Mme Emmanuelle Ouellet, prof géniale que j’ai eu plusieurs années. J'allais la voir sur l'heure du dîner (note : repas du midi) pour faire de l'improvisation. Elle nous encourageait à ne pas tout prévoir à l'avance, à monter sur scène avec des personnages clairs. J'étais adolescent, et c’était difficile pour moi à cette époque-là. J'étais inconfortable dans mon existence, dans mon corps, dans ma physicalité... Quand j’improvisais, je me regardais de l’extérieur et me jugeais. J'avais de la difficulté à lâcher prise.

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"Quand j'improvisais, je me regardais de l'extérieur et je me jugeais."

Est-ce que tu as un souvenir de cette période où lâcher prise a été difficile ?

Paulo Rodrigues : J'ai le souvenir très spécifique d'un tournoi organisé par Éduc'alcool, où une impro avait pour thème : “La modération à bien meilleur goût”, en parlant d'alcool. Il fallait que quelqu’un monte sur scène et joue une personne ivre, mais personne n’y allait, alors l’arbitre a interrompu la scène et m’a désigné moi. Mes parents étaient dans la salle et là, clairement, d’un côté j'étais figé de peur à l'idée de jouer quelqu'un de saoul devant mes parents, et de l’autre de mal jouer quelqu'un de saoul, parce que je ne savais pas c’était quoi être saoul, et de ne pas paraître cool aux yeux des autres élèves. Donc c’était une époque difficile, malgré les encouragements de Mme Ouellet, qui me disait qu’il fallait que je fasse de l’impro, que j’étais fait pour ça.

Comment a continué ton parcours après cette période compliquée ?

Paulo Rodrigues : L’impro pour moi, ça restait un domaine dans lequel c'était facile de se faire des amis. Et malgré mon malaise et mon impression d’être bizarre là, j'avais quand même cette idée qu’il y avait des gens qui me trouvaient drôle. Donc pour moi, c'était quand-même motivant de continuer à faire de l'impro. Alors quand je suis arrivé au cégep, le niveau collégial (qui est l'équivalent de 17 à 19 ans au Québec), j'ai démarré une troupe d'impro avec deux de mes amis. Pendant ces deux-trois années, je pensais que j'étais un joueur de soutien, que j'étais pas très bon. Et je me rappelle qu'après le dernier spectacle qu'on a fait, quand j’ai dit au revoir à mon coach, il m'a dit qu’il fallait que je continue l’improvisation, que j’étais bon. Je lui ai dit : ”Tel autre joueur est vraiment meilleur que moi.”. Et il m’a dit : “Ce joueur, il a l’attention du public, il punch. Toi, tu construis. Tu vas aller plus loin en impro que lui.”. Ça a été important pour moi d'entendre quelqu'un me dire ça.

Adulte, la redécouverte de l'impro

Et du coup, c’est ce que tu as fait, tu as continué l’impro après le cégep ?

Paulo Rodrigues : Non, quand j'arrive à l'université, je ne fais pas d'impro du tout. J'arrête l'impro pendant presque six ans. En sortant de l’université, je me concentre sur mon métier de professeur. Au bout de quelques années, Mathieu Beauséjour, un ami que je viens de rencontrer, me parle des ateliers du lundi et me dit de venir. C’est comme ça que je découvre les ateliers gratuits du Théâtre Sainte Catherine. J'adore ce qu’il se passe. Le spectacle de lundi est ouvert, offre la scène à qui veut bien monter, et j’y vais. J'adore l'expérience. Je reviens le lundi suivant. Puis le suivant. Commence une période où pendant des mois, je fais toutes les premières parties et je passe toujours en deuxième (note : environ quatre élèves du cours participe à la première partie du spectacle, mais seulement un passe en deuxième partie avec le groupe des joueurs officiels, sélectionné par le public.). Le public votait tout le temps pour moi, au point que les joueurs et joueuses qui étaient avec moi en première partie avaient des frustrations par rapport à ça.

Pourquoi ne t’intégraient-ils pas au groupe des joueurs officiels de la 2nde partie ?

Paulo Rodrigues : Le nombre maximum de joueurs était déjà atteint. Mais finalement, une place s’est libérée et je suis passé en seconde partie. On a créé le spectacle Impro mystère qui est maintenant devenu Impro 2.0. Après deux ans à participer aux lundis, on m'a proposé de donner cours dans un atelier du lundi. J'ai accepté mais j'étais très nerveux, c'était difficile. Mais maintenant ça va, ça fait sept ans que je joue aux lundis, dont cinq que je donne des ateliers. Et tu vois, aujourd’hui, je suis dans un café à parler d’improvisation avec toi, parce que tu m’as eu en prof le lundi. Voilà mon parcours !

La phrase qui résume tout

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"Ce n'est pas parce que le public n'éclate pas de rire à chaque fois que tu parles, que ce que tu fais n'est pas bon et utile.", Paulo Rodrigues

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